Manchester United – Liverpool FC : Jacques nous raconte

“Liverpool F.C. v Manchester United” 

Boom ! Les boules viennent d’être tirées, pour la première fois dans l’histoire, les deux géants anglais allaient s’affronter en Coupe d’Europe. En huitièmes de finale de l’Europa League, avec le retour non pas à Anfield malheureusement, mais à Old Trafford. Il fallait que j’en sois ! J’ai immédiatement envoyé un message à Ant pour réserver ma place.

Ant, Anthony , c’est le responsable des “tickets”, les places de stade, au sein de la French Branch, c’est aussi l’ancien président de l’association. Nous sommes plus de 670 membres, c’est le plus important groupe de supporters en France pour un club étranger. Je connais Ant depuis un certain temps maintenant. Je me rappelle d’un Liverpool – Everton une fois, au Rush Bar à Paris, notre ancien QG. C’était en 2012, Gerrard avait inscrit un triplé, le premier inscrit dans un derby depuis 1986, Ian Rush s’en était chargé. Quelques mois plus tôt nous étions aussi ensemble dans un pub de la ville, près d’Anfield, cette fois pour rencontrer les dirigeants du Spirit of Shankly, l’Union des supporters du Liverpool F.C.. J’avais pour projet de travailler avec eux en montant une branche française. Ant lui, était le lien entre l’Union et les membres de la French Branch, son association. C’était finalement tombé à l’eau et le groupe français du Spirit of Shankly n’a jamais vu le jour. J’ai quand même fait de belles rencontres ce jour-là, dont Roy, de qui je parlerai plus tard, dont Karen aussi, la petite fille de Bill Shankly, “père” du Liverpool F.C… Cerise sur le gâteau, j’avais soulevé la ligue des Champions, à l’époque, Chelsea ne l’avait pas gagné, John Terry ne l’avait pas soulevé.

 

 

Ant m’a très vite confirmé que nous aurions des places pour le match. Ça allait être un déplacement de plus, de loin le plus mémorable que je n’ai jamais fait. C’était Old Trafford, leur “Théâtre des rêves”, leur grand stade de plus de 70 000 places, et puis comme je l’ai dit plus tôt c’était le premier affrontement en Coupe d’Europe. Ça restait risqué, Liverpool avait perdu les quatre derniers matches contre Man. United, et puis c’était le match retour. Soit la qualification, soit l’élimination, quitte ou double, la vie ou la mort. Liverpool et Manchester c’est quinze trophées européens à eux deux, onze pour Liverpool, qu’on se le dise. J’en avais déjà les frissons, plus que ça même. Ça allait être électrique, peu importe si aucun des deux colosses n’étaient à leur niveau d’antan, il allait y avoir des étincelles, et j’allais y être. Je n’ai pas fait tant de déplacements que ça à mon grand regret, même si j’ai de beaux souvenirs de mes quelques away days. Bordeaux le plus récent en Septembre 2015, Monaco pour la finale de la Supercoupe d’Europe 2005, j’avais 13 ans et avais été invité, comme tous les joueurs de mon club de foot par le président. Il y a eu le grand Wembley et une demi-finale de F.A. Cup perdu contre Aston Villa… et il y a eu Marseille, mon favori jusqu’ici. C’était en 2007, le dernier match des phases de groupe de la Ligue des Champions. L’O.M. nous avait battu à Anfield et était devenu le premier club français à le faire. Vous vous rappelez de cette frappe de Valbuena, n’est-ce pas? La situation était telle que si nous ne gagnions pas ce match, nous étions éliminés. J’étais parti avec mon parrain Raymond, Fabien, un ami d’enfance et Charles, son père. Nous étions assis à quelques mètres des supporters des Reds, mais de l’autre côté de la barrière, impossible donc, de montrer mon maillot. Le Vélodrome chantait, fort, pas que pour encourager l’O.M. d’ailleurs, Liverpool en a pris pour son grade mais a bien réagit. Score final 4-0, mes idoles avaient marqué, Steven Gerrard, Fernando Torres, Dirk Kuyt, et Ryan Babel pour le dernier but. Nous étions qualifiés, le Vélodrome s’était éteint, et nous, nous étions rentré en Corse.

Old Trafford MUFC 1-1LFC

Avant ce match retour, il y avait le match aller à Anfield. J’étais devant ma télé, comme à chaque fois, si je manque trois matches par saison c’est déjà énorme. Distancés en championnat, et après avoir perdu la finale de la coupe de la ligue contre Manchester City quelques jours auparavant, c’était le match le plus important de la saison. J’étais tendu, je vibrais de partout, il fallait gagner. 21h00, les deux équipes entrent sur la pelouse, démarre alors le You’ll Never Walk Alone, un des plus beaux. Le Kop avait mis son plus beau costume, affichait ses plus beaux drapeaux : celui en hommage au petit Owen (je reviendrai dessus plus tard), la flamme d’Hillsborough, le portrait de Bill Shankly, ou encore nos onze trophées européens. C’était impressionnant, même à 830 kilomètres de là devant un écran. C’était impressionnant à tel point que sur un cliché que j’avais, il y a la moitié de l’équipe de Manchester United tournée vers le Kop durant le protocole. Le match se joue, Daniel Sturridge marque sur pénalty, Liverpool domine outrageusement et Roberto Firmino y va aussi de son but en seconde période, les Reds s’imposent 2-0. Le score aurait pu et aurait dû être plus large sans David de Gea, leur gardien. Dans les journaux le lendemain sa note était de 9/10, quand aucun de ses coéquipiers ne faisait mieux que 5/10. Je n’avais jamais vu ce club avec une équipe aussi peu compétitive, le temps des Ferguson, Giggs ou autre Ronaldo était mort et enterré, je n’allais pas m’en plaindre. Le boulot était fait, la magie d’Anfield avait opéré,  nous allions nous revoir dans une semaine.

Quelle longue semaine, pas de match le week-end du fait de notre élimination en F.A. Cup, j’ai sans cesse pensé au match, jusqu’au moment du départ. Le mercredi à 10 heures j’ai rejoint Ant et Georges, et nous avons pris la route de Paris, jusqu’à Liverpool. Un trajet de neuf heures s’annonçait, sans connaître mon « chauffeur », Georges. C’est un grand gaillard d’une soixantaine d’années aux cheveux poivre et sel. Outre son physique il est le fondateur de la French Branch, et donc son premier président, supporter de Liverpool depuis son plus jeune âge, le premier match qu’il ait vu des Reds c’était à Leicester. Non pas avec Jamie Vardy ou Riyad Mahrez, mais bien avec les Yeats et St John, stars de Liverpool des sixties. Il ne manque quasiment plus de matches à Anfield, il vit pourtant en France maintenant, mais Liverpool c’est tout pour lui. Les souvenirs filent, les miens ne sont que peu nombreux à côté des siens et de ceux d’Ant, et en parlant du match à venir, nous en venons à sa seule visite d’Old Trafford. Je me rappelle de ce match, c’était dans les années 2000, Liverpool tient United en échec, jusqu’à ce que Rio Ferdinand, dans le temps additionnel ne nous crucifie. Perdre 2-1 à Old Trafford, affligeant certes, mais il y en aura, et il y en a eu d’autres. Ça allait plus loin, Gary Neville, haïe de tous à Liverpool, traverse le terrain et vient célébrer le but sous les yeux de Georges et des autres. Je pense que Neville déteste autant les scousers que les scousers le détestent, il a toujours eu des propos contre les gens de chez nous. Manque de pot pour lui le jour où on l’a invité sur un plateau télé. Au courant de sa « haine », le présentateur lui présente un arbre généalogique de sa famille, ses ascendants étaient… Scouses.

3 heures après le départ premier stop à Calais et à son contrôle aux frontières. En arrivant, le guichet  se présente comme un péage, les agents se trouvent sur la droite, tout comme le volant de la voiture d’ailleurs… – Vous êtes tous anglais ? – Non, deux anglais ! Lui est corse !Georges vient de lâcher une bombe, nous rions, la dame au guichet est perdue. Je ne m’y attendais pas et je dois dire que ça m’a touché, tout anglais qu’il soit Georges connait l’histoire et les différences entre la Corse et la France. Je ne suis pas nationaliste engagé, mais je ne suis pas non plus français de souche. Ça m’a fait quelque chose donc d’entendre ce « He is from Corsica »avec l’accent de sa majesté. Ant et Georges sont venus quelque fois en Corse, évidemment ils en ont dit que du bien. Cependant une chose les a quand même interpellés, pourquoi je ne supportais pas Bastia ou Ajaccio avec autant de ferveur ? Malgré toute l’affection que j’ai pour le sporting, je n’ai pas su quoi lui répondre. Mon chemin était pourtant tout tracé, c’est dans mes gènes, j’aurais dû être un lion bleu du sporting, comme mon parrain. Comme mon père surtout, tombé de la tribune de Furiani ce 5 Mai 1992 alors que ma mère était enceinte. Ils ont toujours été passionnés par LE club corse. Une image en particulier m’a marqué quand j’étais plus jeune, je m’en rappellerai toujours. Bastia venait de se faire reléguer en deuxième division après une défaite à Strasbourg si mes souvenirs sont bons. Assis à la table du salon, la tête de mon père tombe dans ses bras, il fond en larmes, c’est là que j’ai compris que ce n’était pas que du football. Pourquoi pas Bastia, je n’ai pas d’explication, seulement je reste fier de là d’où je viens, et j’aime le faire savoir. J’ai brandi la « Bandera » au travail, dans la rédac’ de Canal Plus. Une fois aussi à Anfield, avec un grand drapeau blanc floqué d’une tête de maure, et d’un Liverbird, les deux choses qui me représentent le plus.

Le périple terminé j’étais de retour à la maison, en terre sainte, appelez ça comme vous voulez. Deux mois après ma dernière visite et autre moment mémorable, certes c’est toujours extraordinaire, mais là… À priori c’était juste le match retour d’une confrontation en coupe que Liverpool avait gagné 1-0 à l’aller. Seulement c’était une demie finale, puis c’était contre Stoke City, une équipe qui ne nous réussit pas toujours. Comme je l’avais prévu c’était un stress pas possible, Liverpool s’est qualifié aux penalties, après que le plus improbable des héros, Joe Allen, ait marqué le tir vainqueur. Mon cousin Nicolas était là, il découvrait Anfield, il était scotché, moi aussi je dois dire.   Anfield a toujours eu une influence sur moi, c’est compréhensible, seulement ce stade est magique pour quiconque y rentre. Nicolas était possédé ce soir-là. Je l’ai vu crier du plus profond de lui, chanter aussi fort qu’il le pouvait. Je l’ai vu brandir son écharpe et applaudir pour rendre hommage au petit Owen. Il avait vu Anfield, il s’en souviendra toute sa vie. On se souvient toujours de sa première fois n’est-ce pas ? C’est comme si c’était hier, ça commence quand même à dater malgré tout, le 28 Février 2010 contre Blackburn. Moins excitant qu’un match décisif mais Liverpool l’emportait 2-1, Gerrard et Torres avaient marqué, Pepe Reina avait sauvé les trois points à la dernière minute, avec un arrêt incroyable. J’étais avec mon parrain Raymond, j’avais le même maillot que contre l’O.M. deux ans plus tôt. Une fois dans le stade, au moment d’entrer dans les tribunes et de voir la pelouse j’ai marqué un temps d’arrêt, pris une grande bouffée d’oxygène et j’y suis allé. C’était exactement ce à quoi je m’attendais, c’était mieux que tout, j’avais vu Anfield.

Le soir de notre arrivée nous n’avons pas fait de folie, quelques Guinness dans un pub, un match de Ligue des Champions entre Barcelone et Arsenal. Le Barça s’est évidemment imposé, Luis Suarez a inscrit un but splendide, il est toujours adoré ici en Merseyside. Le lendemain matin nous avons filé à St Helens, là où la famille d’Ant vit. Il avait fait livrer les places de stade là-bas, nous devions les récupérer. Ce petit morceau de papier cartonné représentait tellement pour nous. Je me suis rendu compte que j’avais de la chance, des locaux seront chez eux pendant le match, je serai moi dans Old Trafford. Déjeuner typique anglais après ça, un tour dans le centre de Liverpool, et forcément un passage dans la boutique du club. Je collectionne les maillots de Liverpool, je venais d’acheter ma 85ème tenue. Blanc et rouge, classique, floqué du numéro 23 d’Emre Can. Je devais avoir treize ou quatorze ans, mon grand-père m’avait offert un maillot d’Ajaccio. Une édition spéciale sûrement, je ne l’ai vu nulle part ailleurs. Noir et Or avec la tête de Maure en son centre, il avait été porté par Sekli, le gardien remplaçant. Quelques mois plus tard mon cousin l’avait vu, et le voulait évidemment. Alors je lui ai échangé. Je lui ai échangé contre un maillot de 2003 porté par Steven Gerrard, signé par toute l’équipe. Je venais de faire l’affaire du siècle, c’était mon premier, quel maillot.

Le rendez-vous était fixé à 16 heures au « 12th man », un pub près d’Anfield. Je n’y étais allé qu’une fois auparavant et Liverpool avait gagné un autre match contre Everton, cette fois 4-0. J’étais assis en face du KOP, et le chanceux que je suis avait filmé le but du 1-0 de Stevie G. Au « 12th man » les autres français devaient nous rejoindre, nous étions treize membres de la branch à avoir fait le déplacement. Parmi eux Samuel, un belge, venu seul de Belgique, et Ivan. Ivan Singleton, 16 ans, petit, frêle, lui aussi était venu seul mais de Southampton, de l’autre côté de l’Angleterre. Ant s’était arrangé pour lui trouver un ticket pour le match, la branch en avait eu trop. Le pauvre s’était vu confisqué sa bière, j’ai partagé la mienne avec lui. Ant s’était occupé de regrouper tout le monde au même endroit, quant à moi j’étais le relais entre la French Branch et Spirit of Shankly, organisateurs du déplacement. Je suis proche de quelques membres fondateurs de l’Union depuis notre rencontre que j’évoque plus tôt. Je cherchais donc Roy, c’est le responsable « transport » de l’Union, il a aussi joué un rôle clé dans la bataille que nous avons menée, et gagnée contre le club pour baisser le prix des places à Anfield. Je n’ai pas trouvé Roy, il embarquait plus tard lors de notre arrêt. Paul un autre membre m’avait confirmé que tout était ok pour nous, dans 30 minutes nous serons en route pour Old Trafford. J’ai profité de ce temps pour rencontrer Mark Mcveigh, papa du malheureusement fameux petit Owen. Un garçon de 12 ans décédé d’une leucémie quelques jours avant le match contre Stoke auquel j’avais assisté avec mon cousin. Mark a monté une fondation, « The Owen Mcveigh Foundation », il organise une levée de fonds pour aider les enfants malades de la ville. La fondation a pris une grande ampleur, beaucoup de personnalités, des joueurs surtout, des quatre coins du pays ont offert des maillots et autres pour les mettre aux enchères. En discutant avec Mark, j’ai trouvé un homme fier, un battant. Un homme triste bien sûr, qui ne le serait pas, mais Mark avait la volonté de se relever, d’aider les autres.

Le trajet se passe bien, certains boivent, certains font d’autres choses, légales ou non, personne ne chante, jusqu’à Old Trafford, où les « Oh Manchester is full of sh** » ont résonné. Descente de bus, une centaine de mètres nous sépare de ce grand stade. Une photo de l’écharpe des Reds, histoire de montrer que nous sommes ici chez nous, et nous entrons. Pas de bières au bar du stade grâce aux superbes (ironie) lois de l’UEFA, peu importe, l’excitation était à son apogée. Plus de trois mille supporters des Reds étaient là, dont un de mes collègues de travail, Antonin Vabre, nous nous étions eu au téléphone quelques jours auparavant, histoire de se prévenir. Avant d’entrer dans la tribune, un grand homme passe entre nous, probablement un agent de la sécurité de Manchester, un homme de couleur, oui c’est important de le préciser. Dès le moment où nous l’avons vu, tout le monde s’est mis à chanter « Sakho, Sakho, Sakho », la chanson en hommage à notre soldat, notre défenseur Mamadou Sakho, lui aussi est de couleur. Sa tête faisait ressortir un sourire jaune, nous venions de l’humilier. C’était de bonne guerre. Une fois à nos sièges, nous sommes bien placés, près du poteau de corner, les «mancs», habitants de Manchester sont eux silencieux, quant à nous, les chants ne faisaient que commencer. Ça y est le moment était arrivé, le match avait démarré.

 

 

Comme nous nous y attendions United démarre pied au plancher. Dans la tribune je ne suis pas rassuré, mais je chante aussi fort que je peux, Manchester United domine mais les plus grosses actions sont pour Liverpool, jusqu’à cette 32ème minute. Côté gauche Anthony Martial déborde Nathaniel Clyne, notre arrière droit se jette, pénalty. Le français s’en charge lui-même et transforme. Martial avait déjà marqué contre nous, pour son premier match en Angleterre. Stéphane Guy, commentateur vedette à Canal Plus l’avait alors renommé le « Golden Boy ». Il faut dire qu’après un transfert à 80 millions d’euros, c’était forcément un garçon en Or. Anthony Martial avait 19 ans. Ça y est Old Trafford commence à faire du bruit, les « mancs » lancent des « United, United, United », nous répondons « sh**, sh**, sh** », mais qui nous entends, nous sommes 3 000, ils sont plus de 70 000. Liverpool fait le dos rond, Manchester United manque de peu de doubler le score. Dans la foulée Emre Can récupère un ballon et lance Phillipe Coutinho…

Coutinho c’était notre magicien, notre meilleur joueur. Capable d’éliminer n’importe quel adversaire en un contre un, capable de buts magnifiques. Sur la gauche Coutinho contrôle, feinte de corps et crochet, Varela, le défenseur de United reste sur place, notre numéro 10 est en face à face avec De Gea. Le gardien espagnol avait fait des miracles au match aller, mais aujourd’hui aussi, déjà face à Coutinho. Cette fois le petit brésilien ne tremble pas, il pique son ballon et égalise. Manchester United doit maintenant marquer trois buts, faute de quoi nous serons qualifiés. Dans la tribune c’est la folie, nous sautons, crions, chantons. J’attrape Antonin, assis juste devant moi, mais aussi Camélia et Remi, deux autres français qui avaient fait le déplacement. Malgré le fait que les fumigènes et feux de Bengale soient interdits dans les stades, un jeune à ma gauche en allume un. J’ai cru m’étouffer, peu importe, nous venions surement d’éliminer Manchester United. Dans la minute qui suivit l’arbitre sifflait la mi-temps, nous étions toujours dans l’euphorie. « Olé Olé, Olé Olé, Coutinho – ho – ho » nous avons chanté à la gloire de Coutinho pendant toute la mi-temps, nous faisions tellement de bruit que les supporters de Manchester nous filmaient, ils étaient impressionnés. Quel genre de sentiment peut-il vous traverser le corps que vous en veniez à filmer vos pires rivaux en train de célébrer un but contre vous ? Old Trafford est mort, un silence de cathédrale, partout sauf ici.

Le jeu reprend, plus personne n’y croit, les fans de United savent qu’ils ne verront pas les quarts de finales. Les occasions se multiplient pour Liverpool, De Gea, encore lui est incroyable sur sa ligne. La fin de match approche et c’est à ce moment que sept supporters de Liverpool, assis dans la tribune des locaux sortent un drapeau des Reds. Nous les applaudissons et leur rendons hommage. Les « mancs » eux, les chargent, bagarre générale dans la tribune. Seules deux rangées de stewards séparent toute une tribune de nos sept amis. Les coups sont échangés, pas de grosse blessure à posteriori. Seulement ça y est les choses se sont envenimées. Ils nous lancent des sièges, que nous renvoyons, plus personne ne regarde le match même si j’y jette un coup d’œil toutes les dix secondes.

 

 

Au coup de sifflet final, joueurs et staff viennent nous saluer, nous nous attendions à rester coincés dans la tribune pendant un bon moment, histoire que les locaux s’en aillent. Ça n’a pas été le cas, ils nous libèrent, il fallait maintenant rejoindre les bus, avec 70 000 personnes énervées contre nous. À la sortie quelques regards s’échangent puis ça commence à dégénérer. Les policiers sont nombreux autour de nous mais c’est comme s’ils étaient invisibles, des projectiles sont lancés dans notre direction. L’un de nous m’attrape par le bras, « il faut qu’on y aille, (en découdre) ! », je lui réponds « si tu veux, mais je ne sais pas si on va revenir …». Je le prends avec moi, et nous nous retrouvons face à deux énormes chevaux devant nous, avec deux gros bergers allemands tenus en laisse derrière nous, une bombe agricole explose à notre droite, un fumigène est allumé, je ne sais pas comment j’ai rejoint le bus. Une fois assis nous avons pris le temps de respirer et de réaliser. Pour mon premier match à Old Trafford nous avions éliminé Manchester United, lors de notre première confrontation en Europe. Je retrouve le réseau de mon téléphone, informe mes parents de ce qui venait de se passer puis je ferme les yeux. J’étais épuisé, comme les joueurs, nous avions tout donné dans la tribune, je n’avais plus de force. J’ai dormi pendant la quasi-totalité du trajet. Une fois de retour à Liverpool la St Patrick nous attendait. La bière a coulée à flot, nous sommes rentrés tard dans la nuit, heureux comme jamais. Il fallait maintenant attendre le tirage des quarts de finale, le lendemain à midi. Enfin, notre sort était connu, nous étions satisfaits, prêts à repartir à l’aventure.

C’était le tirage parfait, à la différence des huitièmes de finale nous allions recevoir au match retour. Nous étions tombés contre l’adversaire le plus coriace, l’ancien club de notre actuel manager Jurgen Klopp. J’allais, pour encore une première fois, voir le mur jaune et son ambiance mythique. Le Signal Iduna Park m’attendait…

« Borussia Dortmund… Liverpool F. C. … »

Jacques Santucci
Membre Liverpool France
Crédits photos : Jacques S et Camelia A

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