Le derby, entre rivalité et proximité.

Si l'expression de "clasico" d'abord attribuée au match opposant le Real Madrid et le FC Barcelone s'est aujourd'hui répendue comme une expression journalistique vide de sens, ce n'est pas le cas de celle de derby. À l'approche de l'opposition entre Everton et Liverpool, nous allons tenter de percer le mystère de ces rencontres si particulières appelés "derbys".

 

Historiquement, le terme de derby vient du vocabulaire hippique, et fut introduit dès 1780 par Edward Stanley, douzième comte de Derby qui crée la légendaire course hippique du Derby d'Epsom. Au siècle suivant, le terme de derby désigna une course hippique très prestigieuse. Ce n'en qu'en 1914 que le journal anglais le Daily Express utilisa pour la première fois le terme de derby appliqué au football, afin de désigner le derby opposant Liverpool à Everton ( "A local Derby between Liverpool and Everton"). Le terme fut internationalisé dès 1927.

 

Établir une définition générale du derby n'est pas chose aisée. En témoigne celle proposée par Wikipédia, qui semble désigner "une importante rencontre sportive mettant aux prises deux équipes géographiquement proches". Le chiffre de 100km maximum de distance est aussi parfois avancé, sans que l'on sache très bien pourquoi. En réalité, la proximité ne doit pas être que géographique, mais aussi culturelle. C'est bien cette proximité culturelle qui crée la rivalité entre eux clubs parfois de niveaux très inégaux, et qui donne son intêret au derby. Dans le cadre du football anglais, on parle volontiers de "local derby" pour un match opposant deux clubs de la même ville (Everton et Liverpool, Manchester United et Manchester City, etc.) mais on pourra aussi parler de derby du Nord-Ouest de l'Angleterre pour évoquer la rencontre entre Liverpool et Manchester United. Cette extrapolation du terme de derby s'explique par la proximité culturelle, qui laisse la proximité géographique au second plan. Manchester et Liverpool ont été deux villes minières très actives, ayant eu une histoire économique et culturelle commune et ayant suivi une évolution plus ou moins similaire avec la fin de ces "pays noirs". Dès lors, on considère qu'un derby est possible entre ces deux villes et clubs car une rivalité est née de cette histoire commune et de l'appartenance de ces deux clubs à l'élite du football anglais.

Les supporters du LFC ironisent sur le manque de victoires en Europe de Manchester United, tant que ceux de Manchester United évoque la remise à niveau de leur club vis à vis de Liverpool concernant les championnats gagnés.

Mais l'idée de derby est faite pour casser cette proximité. Malgré des points communs indéniables, il y a cette volonté d'orgueil de se distinguer de l'équipe rivale lors du derby, de se montrer supérieur. C'est bien cette rivalité aiguisée par l'orgueil qui donne toute sa saveur et son sens au derby. Philosophiquement parlant, la haine de celui qui nous ressemble presque en tout points semble logique chez Freud, qui évoquait "le narcissisme des petites différences". Si à une époque, on a pu voir le derby comme une opposition sociale entre les clubs et leurs supporters (riches contre pauvres, bourgeois contre ouvriers, etc.) ces schémas sont aujourd'hui caduques, ne serait-ce que par leur variabilité. Toutefois, hors de l'Angleterre et des grands championnats, ce schéma reste parfois non négligeable (Le club dirigé par la mafia du Steaua Bucarest face au club du quartier défavorisé de la capitale, le Rapid).

Le derby opposant Liverpool à Everton semble lui s'affranchir de cette violence symbolique, tant la rivalité est ancrée dans les familles et ne prête plus à des démonstrations d'orgueils surdimensionnées depuis bien longtemps. On parle volontiers de "friendly derby" ("derby amical") pour le caractériser.

Les équipes de Liverpool FC et Everton FC posant ensembles pour la photo officielle.

Pour conclure, nous pouvons déterminer le derby comme une opposition entre deux clubs ou villes proches dans tous les sens du terme qui ne luttent pas pour l'argent ou le classement final, mais bien pour l'orgueil qui ne tient qu'à des différences minimes élevées au rang de distinctions.

 

Source  deuxpiedsdecolles

Hadrien François

La RédactionLe derby, entre rivalité et proximité.